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reglementation Publié le Mis à jour le 10 minutes de lecture

Entrepreneur de spectacles: ce que le seuil de six representations impose

Depuis l'ordonnance du 3 juillet 2019, la licence a laisse place a une declaration, et une ecole de danse peut rester dispensee tant qu'elle organise au plus six representations par an. Cet article dit ce que ce seuil couvre exactement, ce qu'il ne dispense jamais, et les trois croyances qui coutent le plus cher.

Une directrice d'ecole de danse debout au bord du plateau d'une salle des fetes vide, regardant les rangees de fauteuils avant la mise en place du gala.

Depuis 2019, une ligne nouvelle s’est ajoutée à l’agenda: la déclaration d’entrepreneur de spectacles vivants n’est plus une licence, et le seuil des six représentations décide si l’école reste dispensée ou non. Cette règle conditionne vos recrutements, votre billetterie et les réponses à donner à la mairie ou au régisseur.

Ce guide lit les textes, traduit le seuil en séances concrètes, précise ce que la dispense ne couvre pas, puis déroule la marche à suivre si vous basculez dans le régime déclaratif. En fin d’article, une méthode pour garder le compte d’une saison à l’autre.

Ce que l’ordonnance de 2019 a changé

De la licence au récépissé de déclaration

L’ordonnance n° 2019-700 du 3 juillet 2019 relative aux entrepreneurs de spectacles vivants a remplacé l’ancien régime d’autorisation (licence) par un régime déclaratif. L’établissement déclare son activité et reçoit un récépissé valable cinq ans, à renouveler. Sont visées les structures dont l’activité principale est la production, la diffusion ou l’exploitation de lieux de spectacles, et celles qui dépassent six représentations par an.

L’objectif est la simplification, sans baisse d’exigence. Un dossier précis est attendu et se prépare tôt. Le récépissé se présente à la mairie qui loue une salle, au régisseur qui vérifie les papiers au montage ou à un organisme social.

À qui la déclaration se dépose

La déclaration se dépose auprès du préfet de région; l’instruction est assurée par la direction régionale des affaires culturelles. L’échange est en ligne via les services du ministère de la Culture et débouche sur un récépissé valable cinq ans. Ce n’est pas un document de « dernière minute »: anticipez, le délai est administratif et les pièces doivent prouver la réalité de l’activité.

Le seuil de six représentations, lu à la lettre

Ce que compte le mot représentation

L’article L. 7122-19 du code du travail vise les personnes dont l’activité principale n’est ni l’exploitation de lieux de spectacles, ni la production, ni la diffusion, et qui organisent au plus six représentations par an. Une représentation compte chaque séance accueillant du public: une matinée et une soirée le même jour font deux; un gala donné trois fois sur un week-end en fait trois. Le décompte est arithmétique, séance par séance, sans agrégat par « spectacle ».

Exemple de saison: un spectacle de Noël donné deux fois, un gala donné trois fois et une restitution de fin de stage donnée une fois font six. Ajouter une séance en mai fait basculer l’école dans le régime déclaratif: à anticiper.

La condition d’activité principale

La dispense ne vaut que si le spectacle vivant n’est pas l’activité principale. Une école de danse déclarée qui enseigne la danse entre dans ce cas. Si l’établissement exploite à l’année un lieu de spectacles, ou produit et diffuse comme activité dominante, la dispense ne s’applique plus, quel que soit le nombre de séances.

Le décompte se fait sur l’année, pas sur le spectacle

Le texte parle d’année: on additionne toutes les représentations données par l’école sur l’année de référence, quels que soient les lieux (salle municipale, gymnase ERP de type L, théâtre loué). C’est ce cumul annuel qui décide de la dispense ou de l’obligation de déclaration.

Ce que la dispense ne dispense pas

Les rémunérations passent quand même par le guichet unique

Être dispensé de déclaration n’autorise pas à rémunérer hors cadre. Les articles L. 7122-22 et suivants du code du travail prévoient le guichet unique du spectacle occasionnel pour les structures dont le spectacle n’est pas l’activité principale, typiquement une école de danse qui monte un gala. Pour embaucher artistes interprètes et techniciens, on passe par ce guichet unique ou, selon les cas, par un contrat de cession dûment établi.

Si vous hésitez entre embauche au GUSO, cession avec une compagnie ou recours au bénévolat encadré, voyez le comparatif détaillé: équipe technique du gala, GUSO, contrat de cession ou bénévolat.

Les droits d’auteur et la rémunération équitable restent dus

La dispense ne supprime pas les obligations de droits musicaux. La déclaration de programme à la Sacem est due si vous diffusez des œuvres protégées, et la rémunération équitable via la SPRE reste exigible pour les enregistrements. Que l’entrée soit gratuite ou payante ne change rien: c’est la diffusion d’œuvres qui déclenche le droit, selon les conditions et barèmes applicables.

  • Déclaration de programme Sacem: liste des musiques, auteurs, durées.
  • Droits SPRE pour la diffusion d’enregistrements phonographiques.
  • Conservation des éléments justificatifs: playlists, feuilles de présence.

La sécurité de la salle ne dépend pas du seuil

Les règles d’ERP de type L s’appliquent quelle que soit la situation déclarative. Avis de la commission de sécurité, consignes au public, présence d’un régisseur ou d’une personne compétente pour le SSI, capacité d’accueil affichée: cela relève de la salle. Rester en dessous de six représentations ne dispense d’aucune exigence de sécurité: autre terrain juridique, autonome.

Trois croyances répandues et fausses

Il faudrait une licence pour monter un gala

La formule circule encore, mais elle ne correspond plus au droit: la licence a laissé place à une déclaration aboutissant à un récépissé de cinq ans. Tant que l’école n’excède pas six représentations annuelles et que son activité principale reste l’enseignement, elle est dispensée. Au-delà, elle se déclare. L’important est d’anticiper les pièces et le calendrier.

L’entrée gratuite dispenserait de déclarer les œuvres

La gratuité n’efface pas les droits. Diffuser des œuvres protégées déclenche la déclaration de programme à la Sacem, et la diffusion d’enregistrements sonores engage la SPRE, billet ou non. La confusion vient souvent de la fiscalité: certaines manifestations gratuites ou de soutien bénéficient d’allègements fiscaux, sans lien avec le droit d’auteur.

Les six représentations et les six manifestations seraient la même chose

L’article 261, 7 1° du code général des impôts prévoit, sous conditions, l’exonération de TVA pour jusqu’à six manifestations de soutien dans l’année, au profit de l’association. Ce « six »-là est fiscal et diffère des « six représentations » de l’article L. 7122-19 du code du travail. Exemple: un gala donné trois fois et un spectacle de Noël donné deux fois comptent déjà cinq représentations. Vous pouvez, par ailleurs, organiser jusqu’à six manifestations de soutien exonérées au sens fiscal, si vous remplissez les conditions: ces comptes ne se confondent pas et n’ont pas les mêmes effets.

Pour éviter les mauvaises surprises de fin de saison, une lecture synthétique des oublis récurrents aide beaucoup: dossier de gala, les oublis qui se paient en fin de saison.

Se déclarer quand le seuil est franchi

Les pièces à réunir

Lorsque la programmation fait dépasser six représentations, préparez le dossier sans attendre. Éléments classiquement demandés: identification de la structure, désignation de la personne responsable, description de l’activité envisagée et de ses conditions d’exploitation, mention des lieux pressentis, justificatifs de compétences et pièces d’assurance. Dépôt en ligne auprès du préfet de région, instruction par la DRAC, puis récépissé valable cinq ans.

  • Coordonnées et statuts de l’association ou de la société d’exploitation.
  • Identité et qualité de la personne déclarée responsable.
  • Présentation des types de spectacles et des lieux visés.
  • Justificatifs utiles: assurances, éléments attestant l’organisation effective.

Le délai à se donner avant la première séance

Ne liez pas la déclaration au démarrage de la billetterie. Lancez la démarche dès la programmation connue, souvent en hiver, pour que le récépissé existe avant l’ouverture des ventes et les réservations de salle. Le délai d’instruction est administratif: anticipez et bâtissez un rétroplanning clair pour la déclaration, la billetterie, le GUSO et la déclaration de programme Sacem.

Pour visualiser l’enchaînement terrain par terrain, parcourez un cas pratique: trois représentations en salle municipale, le dossier de bout en bout.

Garder la trace du décompte d’une saison à l’autre

Répondez vite à une demande d’une mairie, d’un régisseur ou d’un organisme en tenant un registre de représentations. Pas un souvenir: un registre. Pour chaque séance: date, lieu, nature, public visé et cumul depuis le début de l’année. Rangez ce registre avec les feuilles de présence et les playlists: il devient la mémoire opérationnelle de l’école. Un bureau change, un professeur part, le registre reste.

Ce tableau évite le basculement involontaire au printemps quand s’ajoute une séance pour satisfaire les familles. Intitulés simples, cumul exact. Selon les cas, une restitution interne sans public ne compte pas comme représentation, tandis qu’une ouverture au public oui: décrivez clairement l’audience visée dans la colonne « Public ».

Date Lieu Séance Public Compte la représentation Cumul annuel
10 décembre Salle municipale Noël, matinée Public payant Oui, 1 1
10 décembre Salle municipale Noël, soirée Public payant Oui, 1 2
28 mai Théâtre loué Gala, séance 1 Public payant Oui, 1 3
29 mai Théâtre loué Gala, séance 2 Public payant Oui, 1 4
29 mai Théâtre loué Gala, séance 3 Public payant Oui, 1 5
15 juin Gymnase ERP L Restitution ateliers Public invité Selon le cas 5 ou 6

Définissez qui tient ce registre, à quelle date il est mis à jour et où il est archivé. Vous gagnez du temps au filage, en loges et au bureau, parce que chacun sait si une séance de plus fera franchir le seuil et obligera à se déclarer avant d’annoncer la billetterie.

En synthèse et pour agir sereinement

La règle tient en deux lignes: l’article L. 7122-19 du code du travail dispense de déclaration ceux dont l’activité principale n’est pas le spectacle vivant et qui organisent au plus six représentations par an, mais cette dispense ne concerne ni le GUSO, ni les droits d’auteur, ni la sécurité des ERP de type L. L’ordonnance n° 2019-700 a transformé l’ancienne licence en récépissé valable cinq ans, à anticiper dès l’hiver si le seuil sera dépassé.

Pour le quotidien, tenez un registre des séances et verrouillez vos échéances: déclaration de programme Sacem, embauches au guichet unique, conventions de mise à disposition de salle, feuille de présence. Si vous souhaitez centraliser le décompte des représentations, le rétroplanning et les documents du gala, voyez le rétroplanning et le suivi des séances dans Danselia, afin que septembre collecte et que mai sorte un dossier complet sans rien refaire de mémoire.

Portrait de Jimenez Julien, auteur des articles de Danselia
L’auteur Jimenez Julien

Julien Jimenez conçoit Danselia, le logiciel qui tient l’année administrative des écoles de danse déclarées, des écoles de cirque et des troupes de théâtre amateur qui montent un spectacle. Il passe ses printemps au fond des salles municipales, à écouter ce qu’un régisseur réclame au montage et à relever ce qu’un dossier de gala oublie chaque année.

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